Postulat n°1 : j’aime faire l’amour.
Postulat n°2 : j’aime Dr House.
Postulat n°3 : j’aime faire l’amour devant Dr House.
Ou plutôt, je devrais.
Mais je suis en face de ce type, ou plutôt face à sa queue en érection, si… différente. Ma bouche est comme en proie au doute, mais ce n’est pas le genre de moment où on peut se permettre le temps de la réflexion. Surtout quand tout dans notre comportement, depuis une heure, laissait à penser qu'on savait ce qu'on faisait.
Une heure avant, j’étais en bas de chez lui. Un immeuble de type ancien à ornements architecturaux, à grande porte cochère gravée, d’au moins deux mètres cinquante de haut. Sur l’une des avenues les plus bourgeoises de la ville. Des plaques de notaires et d’avocats se bousculent sur la façade, dardant leurs lettres dorées comme un gage de leur rang social.
Pendant une microseconde, mon doigt hésite à appuyer sur la sonnette. Flanquée d’un nom que je ne connais même pas. Sur la Toile, les gens n’existent que par leur pseudo. Des pseudo-noms pour une pseudo-vie, des pseudo-sentiments, du pseudo-sexe.
Bien sûr que je sais ce que je fais. Il a été clair. Je ne viens pas rencontrer mon prochain grand amour. Je ne viens même pas chercher de la tendresse. Je ne sais pas vraiment ce que je viens faire là, ni comment ça va se passer exactement, mais j’ai comme une envie d’emmerder les conventions. Le 1er jour du reste de ma vie, une nouvelle vie où j’ai bien le droit de faire des conneries.
Le hall d’entrée n’a même pas de plafond. Mon regard se perd dans les étages qui se succèdent, se déployant autour d’un escalier en marbre en une infinité de portes en ébène. Toutes avec leurs petites plaques de notables renfoncées dans du velours pourpre clouté.
« C’est tout en haut ! » me crie une voix grave et chaleureuse. Mon regard monte vers lui. Je décide de m’arrêter de respirer un petit moment. D’oublier qui je suis, de jouer le jeu. Une petite partie de moi sait que c’est un moment à passer pour me parachuter dans la vie. Donne-toi un bon coup de pied au cul, ma fille, et monte ces marches.
Qu’est-ce que tu as vécu, jusque là ? Certains diraient tout, d’autres diraient rien.
Le Candide qui sommeille en moi commence à apprendre le reste. Et même si ça doit passer par le fait de mêler ma langue à celle d’un inconnu, juste pour voir ce que ça fait…. Soit.
Il a une grosse bouche charnue, un visage anguleux, des épaules carrées. Une odeur d’amande douce. Il me débarrasse de mon manteau. Son salon est plus grand que mon appart tout entier. Canapé d’angle en velours taupe, tapis de poils blanc cassé, étagères de tek noires surchargées de bouquins universitaires.
Il connaît Yann Arthus Bertrand. Il y a une photo d’eux encadrée sur son mur, dans une posture presque trop amicale. La terre vue d’en haut, ma vie si petite, toute petite. La télé est en marche. Cuddy, dans un de ses fameux chemisiers cintrés laissant entrevoir sa poitrine érotique, le cul moulé dans une jupe droite en tweed. Elle regarde Dr House en chien de fusil. Elle s’apprête à le sermonner. Lui, il la regarde de son air de mec cynique qui a plus d’une répartie dans son sac, mêlé à celui du mec qui aurait d’aller voir ce qui se passe sous le corsage. Si j’étais un mec, j’aurais vraiment trop envie de Lisa Cuddy.
Postulat n°1….
Nous glissons sur le canapé. « Moi, quand quelqu’un me plaît, je ne me pose pas de question, si j’ai envie de l’embrasser, je l’embrasse ». ça pourrait être beau, comme attitude. Ce serait même terrible s’il me plaisait vraiment. Mais il ne me plaît pas vraiment. C’est juste le mec-test qui s’est jeté dans la gueule du petit chaperon rouge qui voulait voir si elle pouvait se frotter au loup. Je n’aime pas trop son odeur d’amande douce, je n’aime pas trop la façon qu’il a de me lister tous les pays où sa carrière universitaire l’a emmené, je n’aime pas trop la façon qu’il a de m’embrasser. Et je DETESTE celle qu’il a de me mouliner les seins avec sa grande paluche, en me pinçant les tétons – quelle est donc cette croyance étrange qu’ont certains mecs de croire que pincer les tétons, c’est érogène ? Ça fait juste mal.
Je me dégage un peu, sans grande conviction, sa langue est dans la mienne et je n’apprécie pas tellement son goût, ni sa texture. Je n’aime pas sa différence. Je n’aime pas la façon différente qu’il a de me toucher. Je ne veux pas de sa différence. Ni de son engin érectile qui sort de sa braguette ouverte et se frotte à moi.
Je n’aime pas la façon qu’il a de me déshabiller en pleine lumière, la télé allumée. Mon corps est blanc et noyé sous lui, je n’aime pas la vision de mes cuisses entrouvertes sous les siennes. Je sais que c’est le mec-test, je sais que je dois aller jusqu’au moment du test où vraiment, je ne voudrai plus.
Il me laisse mes chaussettes et garde les siennes. Il a un gros pénis très large, là encore c’est très différent, ça fait une heure que je suis là et je suis agenouillée en face de sa queue gonflée, le gland s’offrant à moi comme une friandise de fête foraine. Je le laisse la glisser dans ma bouche. A ce moment-là, je crois que je me mets un peu en pilote automatique. J’ai le résultat du test. J’aurais pu le parier à l’avance, mais le propre du test, c’est bien de tester…
Après quelques va-et-vient, il me couche sur le canapé et se débat avec son pantalon de flanelle pour le faire tomber sur ses pieds. Dr House est face à son tableau blanc et lance la séance des diagnostics. Chase fait la gueule parce qu’il ne l’écoute pas quand il fait des propositions de lupus.
Il est sur moi. Il veut entrer en moi. Mes cuisses se serrent malgré moi. Il ne semble pas le remarquer. Il mêle encore son goût étrange à ma langue, il mêle encore son corps étranger au mien, et son odeur étrangère à la mienne.
Je ne peux pas. Je suis désolée.
Je ne le suis pas vraiment.
Mais je le dis quand même.
Je suis… désolée. Je ne peux pas. Je vais rentrer.
Il est planté là, le sexe en érection encore luisant de ma salive. Je ne sais plus trop pour qui je suis désolée. J’ai juste envie de partir, de me réfugier dans ma voiture, avec mon odeur à moi, mes affaires à moi, ma musique à moi, et ses affaires à lui, son odeur à lui, ses jouets à lui…
A lui, mon tout petit. Celui que j’ai fait avec mon grand amour. Celui qui est une moitié de moi et une moitié de ce garçon que j’ai tant aimé.
Et dont je ne peux pas oublier l’odeur, les caresses, les mains attentives sur mes seins, les doigts délicats en moi. Celui avec qui je ne me dégoûtais pas de faire l’amour en pleine lumière. Celui qui n’avait pas besoin de mettre Dr House en fond pour me faire l’amour.